Le Mariage de AbdAllah et Amina, et la conception de Mohammed

Nous venons d’entrer dans le mois sacré de Rajab, ce mois béni qui a connu deux évènements majeurs de la vie du Bien-Aimé Mohammed : sa conception (il naitra neuf mois après), ainsi que son voyage nocturne et son ascension à travers les sept cieux.

Dans cet article, nous vous proposons de revivre ensemble et de méditer sur le mariage de AbdAllah et Amina, ainsi que sur la conception bénie de l’Envoyé.

La lumière de Mohammed

AbdelMouttalib, fils de Hachim, petit-fils de AbdouManaf, avait été nommé gardien de la Maison Sacrée (la Kaaba) en raison de ses hautes qualités morales et de sa noble ascendance.  Il avait de nombreux fils dont le dernier était AbdAllah, qu’il décida de marier à Amina, fille de Wahb Ibn Abdi-Manaf, un des chefs de la tribu des Beni Zuhra. Amina avait été choisie par ce père bienveillant et perspicace parce qu’elle était une jeune femme de haute vertu et issue également d’une noble lignée.

La jeune Qutayla de la tribu des Beni Asad avait appris une précieuse nouvelle de la part de son frère qui n’était autre que le savant et futur soutien du prophète, Waraqa Ibn Nawfal. Il lui avait fait savoir selon sa science des livres sacrés que l’homme dont le visage rayonnerait d’une lumière semblable à l’éclat des perles ou des étoiles serait le père du dernier prophète.

Alors, lorsque Qutayla remarqua cette lumière sur le visage de AbdAllah tandis qu’il se dirigeait avec son père vers la maison de Amina pour célébrer le mariage, elle ne put s’empêcher de l’apostropher dans la rue en dépit des convenances. Elle lui promit les plus beaux cadeaux et les plus grandes richesses de l’époque s’il acceptait de lui offrir à elle l’honneur et la chance d’enfanter son premier enfant. AbdAllah déclina son offre, mal à l’aise et gêné par cette proposition abrupte, ce regard insistant, ces manières, et cette audace aussi étrange que soudaine de la part de cette jeune fille pourtant réputée de bonne famille.

Le mariage eut lieu et Mohammed fut conçu durant la lune de miel qui dura trois jours et trois nuits, dans la maison de Abou Taleb, le grand-frère de AbdAllah. On raconte que durant son sommeil, après la conception, Amina rêva d’un ange qui lui annonçait qu’elle portait désormais un enfant qui sera Mohammed, le dernier des Prophètes.

Lorsque AbdAllah sortit de la maison de Abou Taleb, il croisa de nouveau Qutayla qui semblait désormais totalement indifférente envers lui. Cherchant à comprendre ces brusques variations d’humeur, il l’interrogea, et elle lui répondit simplement que la lumière qui ceignait son front la veille avait disparue.

Désormais, c’était Amina qui portait cette lumière en elle et sur elle.

Méditation

Et si nous cherchions à nous rapprocher et renforcer notre lien avec le Bien-Aimé en méditant sur sa généalogie et sur le récit de sa conception ?

Pour commencer, nous pouvons méditer sur le sens des prénoms de la généalogie du Prophète. Car les prénoms sont vecteurs de sens profonds et d’influence sur la personne qui le porte.

En effet, l’Envoyé n’hésitait pas à changer les prénoms de ses compagnons, comme ont pu en être témoin à plusieurs reprises son épouse Aïcha, ou ses compagnons tels que Otba fils de Abd, Hani fils de Yazid, ou même Abdallah le fils de Omar pour ne citer qu’eux.

Par exemple, ils nous rapportent que le Bien-Aimé n’a pas hésité à renommer par « Jamila » (Belle) une femme qui s’appelait « Désobeissante » en arabe, ou encore par « Hicham » un homme qui s’appelait « Chihab » (l’étincelle qui allume le feu). Il renomma également un homme qui s’appelait « Abdoul Hajar » (adorateur de la pierre) en « AbdAllah ». C’est dire l’importance que le Prophète accordait aux prénoms, et leur choix n’était pas fait au hasard, mais selon le sens qu’ils renfermaient.

Par exemple, le nom AbdAllah, qui est le prénom du père du Prophète, signifie en arabe le serviteur de Dieu, celui qui s’en remet à Dieu et Lui soumet tout son être et son avoir. C’est celui qui, en bon serviteur, développe un grand respect, un grand art de vivre envers son Seigneur en cherchant toujours Sa satisfaction, en ne cherchant ni à le défier, ni à remettre en cause Son Autorité, ni même à l’insatisfaire de quelque manière que ce soit. C’est une personne dotée d’une raison saine et pure, qui ne succombe pas aux tentations de l’égarement. Cette personne ne nie pas les signes, ne les remets pas en cause, ne résiste pas à la vérité qui s’impose, mais au contraire, elle reconnait l’évidence de l’Existence et la Toute-Puissance de Dieu dans les signes qui l’entourent.

Le mot Amina, en arabe signifie « celle qui est rassurée, qui se sent en sécurité et protégée par Dieu ». Il s’agit d’un cœur apaisé et en paix, un cœur qui reconnaît l’Amour de son Seigneur et qui trouve dans cet Amour la paix et la sérénité.

Ainsi, AbdAllah (le serviteur de Dieu qui reconnait pleinement Dieu et s’en remet à Lui) épousa Amina (le cœur apaisé par Dieu et pleinement confiant en Lui), et durant leur retraite de 3 jours loin du monde et de ses affaires, ils purent concevoir Mohammed, l’être le plus connaisseur de Dieu.

En analysant cela, on peut faire un lien avec les paroles des sages et des savants qui nous enseignent la grande importance de la retraite spirituelle, qui consiste à se retirer du monde pour méditer, exactement comme le faisait notre Bien-Aimé dans la grotte de Hira. Car durant une retraite spirituelle loin des affaires de ce bas-monde, et à condition d’avoir une raison « AbdAllah » et un cœur « Amina », on peut espérer voir se produire en nous la conception d’un lien plus fort avec Mohammed.

Dit autrement, lors de ces isolements du monde matériel, notre raison, lorsqu’elle s’est pleinement remise à Dieu, est capable de féconder notre cœur apaisé et rassuré par Dieu à travers des pensées, méditations, contemplations et analyses authentiques. Et cette fécondation donne en nous un accès à notre Esprit, souffle de Dieu, connaisseur de Dieu. Notre connaissance de Dieu va commencer à prendre forme, à se définir, à se construire, marchant derrière les pas de Mohammed.

Comme nous avons pu le voir, la condition pour y parvenir est d’avoir développé la tête et le cœur, c’est-à-dire la raison et l’émotion, ou encore le rationnel et l’émotionnel. Mais comment y arriver ?

Un coeur Amina

Un cœur « Amina » est la fille d’une opinion saine de Dieu. Si notre opinion ou conception de Dieu n’est pas saine, le cœur ne peut pas devenir « Amina », c’est-à-dire apaisé, abandonné entre les mains de Dieu, rassuré, confiant.

En effet, si par exemple face aux épreuves on s’imagine que Dieu est en train de nous punir, de se venger de nous, ou de nous abandonner, alors notre conception de Dieu n’est pas saine, et fatalement notre cœur ne peut pas devenir « Amina ». Un cœur « Amina » est donc bien un cœur qui a une bonne opinion de Dieu, une opinion indéfectible et inébranlable, et qui sait patienter avec sagesse et confiance face aux épreuves.

Un cœur « Amina » ne s’imagine pas que Dieu lui a tourné le dos, parce que ce cœur devine le grand Amour que Dieu prodigue à ses créatures, pressent la Patience infinie dont Il fait preuve pour nous voir revenir vers Lui, imagine le Pardon illimité dont Il est capable. Un tel cœur ne prétend pas savoir, ne prétend pas avoir saisi l’Insaisissable ou avoir délimité l’Illimité, mais il ressent, pressent, imagine, croit, donne foi.

Un tel cœur se renforce et se bâtit grâce à 3 outils que Dieu nous a offert et a placé en nous :

Le mental :

Le mental est le siège de l’imagination. Cette imagination peut être mal utilisée et servir à nous mentir à nous-même ou aux autres, mais elle peut aussi être bien utilisée lorsqu’elle sert notre relation à Dieu.

Pour préciser par exemple, notre mental peut nous mentir en nous racontant que Dieu ne nous aime pas, que Dieu nous rejette, qu’Il a atteint Sa Limite à nous pardonner (Gloire à Lui qui est au-dessus de cela !) et que par conséquent il nous punit, ou nous abandonne. L’imagination débordante du mental est ainsi très mal utilisée. Elle s’emballe, elle se laisse nourrir de wasswass, et elle finit par nous nuire mais aussi à nuire aux autres.

Quant à l’imagination bien utilisée, elle ne consiste pas à essayer de définir Dieu, puisque Dieu ne pourra jamais être défini. Mais plutôt, elle va nous servir à repousser les limites que nous donnons inconsciemment à Dieu. L’imagination par sa capacité à déborder, à dépasser les barrières, à sortir des cadres, va nous aider à lutter contre nos préjugés et mauvaises conceptions de Dieu, afin de cesser de le figer dans une image que nous avons de Lui et qui est forcément réductrice. Or, si notre vision de Dieu est réductrice, alors notre relation à Dieu sera également réduite.

Le sentimental :

Le sentimental va directement dépendre des conceptions mentales. Si les conceptions mentales sont saines, le sentimental sera sain. Si à l’inverse les conceptions mentales sont erronées, le sentimental sera perverti.

Pour exemple, la susceptibilité ou l’impulsivité sont le fruit d’un sentimental perverti par un mental corrompu. La personne susceptible ou impulsive est victime d’un mental qui se monte des films, qui s’enferme dans des paradigmes malsains, qui se laisse influencer par les wasswass d’où qu’ils viennent, et qui nourrit ainsi la sphère sentimentale d’une énergie négative. Et lorsque les sentiments explosent, rien n’a été mis en place pour les réguler, puisque le mental envahissant et débridé étouffe le rationnel, le seul capable de contrôler et endiguer ces débordements néfastes.

A l’inverse, si les conceptions mentales sont saines, le sentimental sera sain et apaisé, et le cœur pourra trouver sa sérénité dans une belle relation vécue avec Dieu, emprunte de d’assurance, de pureté, de sécurité, de réceptivité confiante en Dieu, de perméabilité, de maturité.

L’émotionnel :

Le sentimental se tient à la porte de l’émotion. Souvent on confond les deux, et il convient donc de préciser que le sentiment est le ressenti qui émane de nos conceptions mentales, tandis que l’émotion est le ressenti qui émane du cœur et qui l’enflamme pour mettre notre âme comme notre corps en mouvement (rappelons que le mot émotion vient du latin ex-movere, qui signifie « produire un mouvement à l’extérieur »). Dit autrement, l’émotion est le moteur de nos actions.

Le mental comme le sentimental se tiennent à la couche la plus superficielle de notre conscience, et par conséquent réagissent à toutes les influences extérieures, qu’elles soient manifestes ou subtiles. Quant à l’accès à l’émotionnel, il se produit quand un sentimental sain (issu d’un mental purifié) trouve le chemin du cœur. Il ne manque plus alors que la fécondation du cœur par un raison saine pour permettre à l’émotion de naître pour mettre l’âme en mouvement, afin qu’elle se dirige vers l’esprit.

La généalogie de AbdAllah

Avant de devenir un « AbdAllah » qui trouve la vérité et s’ouvre à ses délices, encore faut-il être une personne qui cherche la vérité. Un chercheur de vérité est une personne qui utilise et investit son intellect et son rationnel dans la quête du savoir et de la connaissance vrais et authentiques. Et en arabe, on peut appeler une telle personne « AbdelMouttalib », le serviteur ou le fils de celui qui cherche avidement le savoir et la vérité. Ainsi, avant un « AbdAllah », il faut un « AbdelMouttalib ». Avant d’avoir une raison convaincue et pleinement perméable à la Vérité, il faut avoir un intellect en recherche de la Vérité, qui se questionne, qui cherche les preuves, qui n’est pas tranquille avec les illusions et les mensonges, qui n’est pas apaisée par les choses éphémères, qui a soif de Vrai. On peut dire qu’il s’agit d’un rationnel véridique, sain et authentique en recherche d’authenticité, procédant avec une méthode quasi-scientifique pour trier le vrai du faux et parvenir à la Vérité. Ainsi, un intellect qui cherche la vérité et finit par la trouver (AbdelMouttalib) peut donner naissance à une raison perméable, ouverte, engagée, en reddition face à cette vérité, et donc apaisée et sereine (AbdAllah).

Rappelons que AbdAllah est le fils de AbdelMouttalib, petit-fils de Hachim,arrière petit fils de AbdouManaf, qui était le frère de AbdouShams

Abdou Shams signifie celui qui adore le soleil, et Abdou Manaf se réfère au serviteur ou au fils de celui qui observe la méthode, celui qui s’élève au-dessus des petites choses de ce bas monde. D’ailleurs historiquement, Abdou Manaf était un homme qui recherchaient l’élévation tandis que son frère Abdou Shams se laissait distraire par ce bas monde et ses promesses vaines.

Abdou Manaf a donné naissance à Hachim qui était réputé pour sa grande générosité (on l’a surnommé ainsi parce qu’il aimait couper le pain pour le distribuer aux pèlerins). Et cela n’est pas surprenant : l’élévation et le détachement devant les choses du bas monde ne peut que donner naissance à la générosité.

Si nous méditons cela, nous pouvons réaliser qu’en quelque sorte, nous avons à choisir notre lignée : celle de Abdou Shams, adorateur de ce bas monde, ou bien celle de Abdou Manaf, Hachim, AbdelMouttalib et AbdAllah : l’adorateur de Dieu, fils du chercheur de Science et de Vérité, fils du généreux, fils de celui qui s’élève de ce bas monde. Or, seul cette dernière ligne peut mener à Mohammed et à Dieu.

Car AbdouShams, c’est la raison perplexe, perdue, perturbée, éparpillée, distraite, tentée, qui s’attache aux choses de ce monde. Et on peut toutes et tous se reconnaitre dans cette état-là, à un certain niveau.

Choisir la lignée du Bien-Aimé

Alors notre défi consiste à ramener notre raison dans la bonne lignée, dans le bon alignement, dans la lignée alignée avec Dieu. Cela nous inspire de quitter la quête, la soumission, l’attachement, voire l’addiction aux choses de ce bas-monde pour entrer dans la quête spirituelle, la quête de sagesse, la quête de vérité. Car dans le premier cas, la raison est éloignée de la connaissance de Dieu, tandis que dans le second cas elle se rapproche continuellement.

Celui qui se met en quête de vérité commence le chemin vers Dieu, et même s’il ne se sent pas encore pleinement rassuré et pleinement « AbdAllah », c’est-à-dire pleinement remis entre les Mains de Dieu, il finira par atteindre ce stade si sa quête est authentique et sincère, et menée avec méthode, avec mesure, sans brûler les étapes. Car l’égo est l’ennemi de ce cheminement et fera tout pour le bâcler, afin de continuer à se sentir roi et pharaon. L’égo veut avoir raison, donc il pervertira et utilisera notre raison pour construire des raisonnements bancals qui vont dans son sens à lui. L’égo aime les raccourcis, les préjugés, les jugements à l’emporte-pièce. L’égo aime se mentir, et n’hésite pas à polluer les idées, pensées et paradigmes en les mélangeant et les bricolant comme ça l’arrange. Son but et de nous renvoyer en état de « AbdouShams », adorateur du soleil, ou de la matière, ou de tout autre que Dieu.

Aussi, seule une attitude d’élévation face aux petites choses de ce bas monde nous protègera de ce piège.

Cette méditation sur la conception de notre Bien-Aimé se veut une invitation à préparer le terrain en nous pour nous rapprocher de Mohammed : Préparons notre raison ! Guérissons là de sa soumission et son attachement aux choses basses de ce monde, guérissons-là de sa malhonnêteté et de son amour de la matière.

Aidons-là à quitter le stade de « AbdouShams » pour emprunter le chemin de « Abdou Manaf », puis de « Hachim », puis de « AbdelMouttalib », et enfin de « AbdAllah ». Arrivé au stade de « AbdAllah », notre raison sera enfin prête à avoir une belle et vraie communication avec notre cœur. Un cœur fait de sentiments et émotions qui devront être préparés, développés, afin de devenir « Amina », rassuré par la Présence de Dieu, capable de ressentir l’Amour et la Paix de Dieu et son appartenance à Lui.

Ainsi, nos retraites spirituelles deviendront des rencontres, des mariages, des unions entre un cœur serein, rassuré, en paix, et une raison soumise à Dieu et dans Son service. La fécondation du cœur par la raison pourra alors avoir lieu, donnant ainsi naissance a un lien plus fort avec Mohammed, le connaisseur de Dieu… et Son Bien-Aimé.

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